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Juil 28

Carte du Tendre numéro 20

 
La Carte du Tendre
Juillet 2017
Sommaire :

Edito : Grande philanthropie et intérêt général
 
1. Gilded Giving, la grande philanthropie dans un monde d’extrême inégalité

2. Giving USA 2017 : nouveau record de dons en 2016

3. Philanthropie chinoise

4. Baromètre Donorinfo 2017 sur la santé financière du secteur associatif belge
Edito : Grande philanthropie et intérêt général

Un mouvement de fond traverse le secteur philanthropique depuis une dizaine d’années, que nous pourrions dater du don, tout à fait exceptionnel, fait par Warren Buffet à la Fondation Melinda et Bill Gates en 2006.
 
La constitution de cette méga fondation de plus de 70 milliards de dollars de dotation sonne le moment inaugural d’une nouvelle ère de grande philanthropie.
 
L’initiative qu’ont lancée, ensuite, les deux milliardaires en invitant leurs 400 coreligionnaires, fortunés comme eux, à donner la moitié de leur fortune au profit de grandes causes, a ouvert un nouveau chapitre et a encouragé des milliers d’autres philanthropes, dans de nombreux pays, à agir de façon plus décomplexée et affichée qu’auparavant…, surtout en France.
 
De mon poste d’observateur de la philanthropie nationale et internationale au sein du CerPhi et en tant que praticien de nombreuses campagnes de fundraising pour des fondations et associations, je fais le constat de l’augmentation régulière des grands dons, en valeur absolue, par rapport aux dons de la multitude.
 
En 2015 notamment, sur les 2,5 milliards d’euros de dons déclarés par les ménages français, 53 % ont été effectués par un tiers des déclarants, dont le revenu annuel est supérieur à 45 000 euros. Si on y ajoute les 200 millions d’euros déclarés par les contribuables assujettis à l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), versés aux fondations reconnues d’utilité publique, on constate que la part des plus hauts patrimoines pèse près de 10% de la générosité des particuliers de leur vivant.
 
Et ce mouvement ne cesse de s’accroître. Depuis 4 ans, les dons en déduction de l’impôt sur le revenu des personnes physiques ne progressent que de 3 à 4 %, alors que les dons ISF connaissent une progression de 10 % en moyenne.
 
Ce phénomène se généralise dans tous les pays à forte tradition philanthropique et a fait l’objet d’une étude très documentée pour les Etats-Unis par Chuck Collins, Helen Flannery et Josh Hoxie de l’Institute of Policy Studies : Gilded Giving, Top Heavy Philanthropy in an age of extreme Inequality, dont nous publions une synthèse, en français, sur le site du CerPhi.
 
Leur étude problématise cette évolution, considérant qu’elle met en danger la nécessaire forme démocratique de la définition de l’intérêt général. Nous vous en recommandons la lecture, car c’est un éclairage fort intéressant.
 
Mais revenons sur les raisons de cette tendance et des perspectives qu’elle dessine pour les prochaines années.
 
Inégalités et Philanthropie
 
Cette friction sur la façon de penser l’intérêt général marque la résurgence de la grande philanthropie. Son retour dans ses habits neufs sonne, pour certains, l’échec de l’Etat-providence, pour d’autres, le retour des inégalités sociales. Car la philanthropie est étroitement liée à l’enrichissement d’une minorité, une certaine « élite » du capitalisme.
 
A y regarder de plus près, l’indice de philanthropie par pays pourrait être corrélé avec le niveau d’inégalités ou le creusement des écarts entre les riches et les pauvres. Ainsi, plus le taux de philanthropie est important et plus la société est opulente, mais terriblement inégalitaire !!
 
Cette renaissance est liée aussi à une certaine incapacité de l’Etat-providence, redistributeur central de l’accumulation, à étendre sa couverture sur tous les citoyens, et surtout ceux déclassés par les conséquences de la troisième révolution industrielle que nous vivons depuis 30 ans.
 
Les nouveaux samaritains, véritables despotes philanthropiques éclairés, redéfinissent, souvent après avoir procédé à la disruption de leur secteur économique, les priorités des sujets d’intérêt général, indiscutables toutefois : lutte contre le paludisme, l’illettrisme, la déscolarisation, etc. et les nouvelles façons de les aborder.
 
Un avenir radieux pour la philanthropie : nouvelle ère ou parenthèse ?
 
Les fortunes qui se sont constituées, grâce à cette nouvelle mutation, ne sont pas sans rappeler celles de la fin du XIXème et début du XXème siècles.
 
Cette actuelle domination de l’actionnariat signe une nouvelle ère d’accumulation, sans doute encore jamais égalée. Jamais le système économique n’a été autant mondialisé que depuis la chute du mur de Berlin, aboutissant à la constitution de richesses entre les mains de quelques capitaines d’industrie qui rappellent Vanderbilt, Carnegie, Ford, Rockefeller… Ces aînés ont, après des réussites industrielles d’exception, affecté leur fortune à des fondations puissantes.
 
Si la philanthropie a été longtemps perçue comme un moyen anecdotique de s’attaquer aux grands fléaux, force est de constater que la puissance des fondations constituées par les nouveaux milliardaires contribue de façon parfois plus efficace que de nombreuses institutions intergouvernementales à leur éradication.
 
Et ce n’est pas un moindre paradoxe que de voir ses tycoons s’attaquer à des fléaux que leurs entreprises ou les entreprises dans lesquelles ils ont investi ont contribué à générer. C’est sans doute une des grandes problématiques de cette embellie.
 
En France, cette tendance se dessine aussi et on a vu le nombre de fondations de particuliers et de fondations familiales bondir en moins de 10 ans. L’intervention de grandes fortunes dans toutes les sphères de la philanthropie est aussi très marquée et tire l’ensemble du secteur vers de nouveaux sommets de générosité.
 
Antoine Vaccaro,
Président du CerPhi
 
Gilded Giving, la grande philanthropie dans un monde d’extrême inégalité
Le rapport Gilded Giving, top-heavy philanthropy in an age of extreme inequality (Institute for Policy Studies), de Collins C., Flannery H., Hoxie J., (2016), aborde les conséquences d’une inégalité financière croissante et de la progression des « méga-dons » sur le secteur philanthropique aux Etats-Unis.

Nous vous en proposons une synthèse en français.
 
Giving USA 2017 : nouveau record de dons en 2016
D’après le rapport Giving USA 2017, les dons à des organisations caritatives ont atteint un nouveau record aux États-Unis en 2016, avec un montant total s’élevant à 390,05 milliards de dollars, soit une hausse de 2,7% par rapport à 2015.

Les dons des particuliers sont ceux qui ont le plus augmenté (+3,9%). Seuls les legs ont diminué de 9% en 2016, après deux années de croissance importante.

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Philanthropie chinoise
L’institut de recherche chinois Hurun Report a publié le 8 juin dernier son classement 2017 des 100 philanthropes les plus généreux de Chine.

31 philanthropes ont fait un don de plus de 100 millions de yuans (près de 15 millions de dollars), soit 4 de plus que l’année dernière, le plus grand nombre de philanthropes «supersize» depuis que ce classement existe.

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Baromètre Donorinfo 2017 sur la santé financière du secteur associatif belge

En mars 2017 et pour la troisième année consécutive, la fondation d’utilité publique indépendante Donorinfo a publié son baromètre sur la santé financière du secteur associatif belge.

Il en ressort que la générosité des Belges s’est maintenue et a même progressé entre 2014 et 2015, avec une augmentation de 7% des dons des particuliers et des entreprises.

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