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Mai 15

Témoignage : Jean-Philippe Acensi, fondateur et délégué général de l’Agence pour l’Education par le Sport (APELS)

Logo ApelsPlus de 10 ans après la création de l’APELS, il raconte sa démarche, les valeurs auxquelles il croit, ses fiertés, mais aussi les difficultés rencontrées pour animer et développer son projet, ainsi que les messages qu’il a souhaité faire passer à travers son récent livre « Le sport ne sert pas qu’à faire des Champions ».

Il y a plus d’une décennie, vous avez créé l’Agence pour l’Education par le Sport, avec un objectif de rassemblement et d’apaisement par le sport. Quelles sont ces valeurs et où en êtes-vous aujourd’hui ?

Jean-Philippe Acensi : L’envie d’exprimer les vertus du sport rassembleur… Il faut remonter à la création de l’APELS lorsqu’avec Jean-Claude Perrin, au stade de Colombes, nous voyions des champions olympiques côtoyer des licenciés lambdas… Il y avait dans cette mixité une âme fantastique qui nous a alerté sur la nécessité de développer ce mélange de pratiques du sport de très haut niveau et de loisirs.

Une mixité étendue aux générations comme aux catégories socioprofessionnelles bien sûr. Des enfants de banlieue partagent la maison du sport avec d’illustres sportifs.

Cette réussite résulte de la solidarité  entre des gens qui ont choisi la pratique sportive comme socle commun d’épanouissement individuel et collectif.  C’est pour cette raison que l’APELS émet plusieurs appels à projets en direction des associations et collectivités.

Le dispositif « Fais Nous Rêver » est le récepteur de ces projets. Depuis sa création 4000 projets ont été identifiés avec un dénominateur commun : la solidarité entre des personnes valides et handicapées, entre des champions d’exception et des amateurs…

Pour nous ce positionnement est essentiel car il maintient dans la culture du sport des valeurs fortes. D’autant que depuis quelques années, certaines de ces valeurs sont battues en brèche par l’image véhiculée par le monde du sport professionnel et en particulier celui du football.

Il n’est pas rare de voir des joueurs feindre la chute ou la blessure pour obtenir un coup franc ou un penalty, comme si la faute était devenue un geste technique à part entière.

Ces dérives du sport professionnel se retrouvent dans la pratique de masse et les éducateurs de clubs ont de plus en plus de mal à endiguer leur reproduction, jusque dans le plus petit stade de province, et jusqu’aux plus jeunes générations bien sûr.

L’APELS agit donc en modérateur, en incitateur aussi pour que le sport retrouve ses points d’ancrage originels.

D’autre part, en 13 années d’existence, nous avons assisté à d’autres mutations de la pratique sportive. Mutations géographiques et sociales avec le sport de rue, la pratique urbaine, qui mérite un encadrement de qualité afin de placer ses acteurs dans des rails sécurisés.

Nous avons créé un pacte civique qui invite les différentes composantes municipales et associatives fédérales à se retrouver dans un projet commun, visant à valoriser et développer ce que le sport produit comme liens durables fondés sur la solidarité, l’ouverture et l’épanouissement individuel et collectif. C’est un travail au long cours qui justifie bon nombre de déplacements dans les clubs de villes et de villages pour établir des cahiers des charges communs de bonnes directions.

Les associations manquent aujourd’hui de bénévoles. Dans le même temps la population de jeunes retraités ne cesse de croître. Voyez-vous dans le rapprochement de ces deux constats l’espoir d’une solution aux problèmes rencontrés par les clubs ?

Jean-Philippe Acensi : La crise du bénévolat, qui prive de plus en plus de clubs, de dirigeants ou d’éducateurs nous interpelle évidemment. D’autant que la mission du bénévole devient de plus en plus complexe et exigeante en temps, en droits et en devoirs envers les pratiquants. On parle d’ailleurs de bénévolat de compétence ou de missions.  Les renforts humains de personnes d’expérience que sont les jeunes retraités sont intéressants, mais ce qui est souhaitable, c’est surtout le mélange intergénérationnel.

Le sport et ces structures multiples doivent accueillir chaque bonne volonté pour se renforcer. L’aventure humaine contenue dans l’activité sportive est riche de sa diversité et il faut marteler ce message pour prévenir des dérives, construire un modèle sociétal attractif aussi pour toutes et tous quelques soient nos origines. Cette dimension éthique est essentielle. A l’APELS nous encourageons les projets qui ont aussi pour objet de valoriser l’action bénévole auprès de l’ensemble de la population d’une ville ou d’un village.

500 projets par an sont proposés dans des zones sensibles. Chaque fois, il est question de renforcer le lien social et chaque fois  une large consultation des acteurs économiques et politiques locaux est entreprise. Grâce à cette démarche d’information et d’ouverture, de nouvelles ressources bénévoles émergent. Pour autant elles ne peuvent pas tout faire. Les collectivités sont là en appui et peuvent grâce à leur connaissance et leur proximité avec les acteurs, insuffler une valeur ajoutée. Nous sommes dans le Pacte Civique proposé par l’APELS dont les attendus sont nombreux et chaque fois partagés par tous ceux qui croient au sport rassembleur. Les familles et les parents d’enfants inscrits dans une association ont capacité à trouver dans la pratique sportive encadrée un terrain d’éducation et d’épanouissement collectif. Un projet sportif induit donc un sport en famille…ne parle t-on pas d’ailleurs de la Grande Famille du Sport ?

Vous venez d’éditer un livre intitulé : « Le sport ne sert pas qu’à faire des Champions ». Pourquoi cet ouvrage en 2010 ?

Treize années d’expériences m’ont offert des terrains de réflexion et d’analyse qu’il me fallait traduire auprès des amoureux du modèle associatif qui régit le sport en France.

L’ADN de la pratique sportive est la solidarité. Grâce à des exemples de projets réalisés par des clubs ambitieux ; à des regards avertis de bénévoles, de partenaires du sport, de sportifs de haut niveau, j’ai voulu témoigner d’un modèle associatif à préserver et à développer dans notre pays. C’est un cri d’alarme qui dénonce les dérives du professionnalisme à outrance ; c’est une invitation à regarder en face le sport amateur et ses difficultés!!! C’est enfin la proposition d’un Pacte Civique entre tous les acteurs du sport pour un renouvellement de la pratique sportive pour que les Pros comme les Amateurs assument en pleine conscience un engagement éthique au nom du sport et de toutes les vertus qu’il contient depuis toujours.

Propos recueillis par Laurent Dupré

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